27.07.2009

Une nuit entre deux mondes

981602636.jpgUne longue nuit en Chine. Le bébé dort. Il est l’heure de partir. La chaleur de la nuit nous attend, l’humidité s’infiltre partout. Nous sautons dans un taxi. Puis c’est un bus bondé qui nous emmène de l’autre coté de la frontière. Un premier passage en douane, puis un second. Il y a foule. On se fraye un passage entre des hordes de touristes chinois, en file indienne derrière un drapeau. Ca y est, nous sommes en Chine. La même chaleur, étouffante, moite, intense. Et les bruits d’un samedi soir ordinaire : les klaxons, le ballet (des)organisé des taxis, bus, voitures, vélos, les femmes qui vous apostrophent dans une langue inconnue. Un territoire immense qui s’ouvre à vous. Un visa comme simple sésame. Pas besoin d’explication, ni de mode d’emploi, il suffit d’ouvrir les yeux.

Direction le centre de massage. Tradition perdue que nous reprenons à notre compte après une longue période d’abandon. Combien de nouveaux centres ouverts depuis notre dernière visite? Inutile de compter. Chine, territoire expansible à l’infini.

Nous attendons dans la chaleur et les cris. Un flot ininterrompu de navettes embarquent les clients dans un ballet de portières qui coulissent, de cigarettes jetées au sol et de prospectus chatoyant ventant milles et uns délices aux tarifs attrayant. Un jeune couple hésite. Un rabatteur leur hurle son discours automatique de vendeur de chaussure. Il n’y a plus d’échappatoire, vous êtes dans l’arène et il faut choisir. Pas de place pour les indécis.

Nous grimpons dans notre carrosse de métal transformé en jukebox géant par la disgrâce d’une chanson populaire jouée à plein volume. Le trajet est rapide, bref, le temps c’est de l’argent. Les néons brillent au loin, nous arrivons déjà.

L’endroit est immense, s’étalant sur plusieurs étages. Ouvert toute la nuit.

On nous numérote, puis c’est la plongée dans le grand bain.

Vestiaire, douche, sauna, piscine…on se change, tenue de combat XXL, et le grand escalier nous mène déjà vers les massages tant attendus. Juste le temps de déguster quelques plats chinois, et nous voici assis dans de confortables fauteuils, les pieds en éventail, dans l’attente. C’est une véritable usine ici. Un flot incessant de masseurs rythme les heures dans ce paradis des corps douloureux. Pieds, mains, épaules, tète, tout y passe. Il y en a pour tous les goûts. Le bruit assourdissant d’une myriade de téléviseurs ne peut annihiler le bonheur d’un bon massage des pieds. Et malgré l’heure très avancée de la nuit, nos corps relaxés et déstressés nous disent merci…

17.07.2009

Baltimore, Maryland

1539735577.jpgThe Wire (en français, Sur Ecoute). Derrière ce titre énigmatique, se cache sans doute une des meilleures séries télé de ces dernières années. En tout cas, c’est celle qui m’a donné le plus de plaisir à visionner (je n’ai visionné pour l’instant que les 2 premières saisons et je me délecte a l’idée de débuter bientôt les 3 autres saisons de ce petit bijou télévisuel).

C’est bien simple, rarement une série télé n’aura été aussi loin dans la personnalisation des personnages, dans l’étude de caractère, dans l’envie suscitée chez le spectateur d’en savoir plus sur la vie de ces personnages qui sont d’autant plus attachants qu’ils sont terriblement humains.

The Wire s’attache à suivre la lutte contre le trafic de drogue dans la ville Baltimore, lutte menée conjointement par des agents de la police criminelle et de la brigade des stupéfiants (non, non, ne partez pas, c’est loin d’être que ça…). Mais le plus intéressant dans cette série c’est qu’elle s’attache autant à dépeindre le quotidien de ceux qui combattent le crime que celui de ceux qui profitent du crime (trafiquants, politiciens…) et ceux qui en sont victimes (toxicomanes, prostitués…). La série, qui chaque saison se déroule en une dizaine d’épisodes, reflète la complexité d’un monde où les frontières entre les criminelles et ceux qui sont censés être du coté de la loi sont de plus en plus friables.

Et puis The Wire, c’est aussi un rythme particulier (qui peut dérouter aux premiers abords, ce qui est sans doute la raison du manque de succès de la série…), un rythme lancinant qui partage les moments de doute, de solitude, ou d’ennui des personnages. Un rythme imbibé de vapeurs d’alcool et de nicotines, baignée dans des effluves de blues, de soul, de rock irlandais, de folklore grec. Un rythme qui vous attrape violement par la main et vous entraine dans les marécages poisseux de l’âme humaine. Les créateurs de la série, n’hésite pas à faire de nombreuses ellipses, préférant ne pas montrer certaines scènes cruciales (comme la mort de certains personnages principaux) au profit d’autres qui, a priori semblent moins importantes, mais qui au bout du compte se révèlent cruciales à la compréhension des personnages et à l’attachement que l’on peut éprouver pour ces derniers. Et croyez moi, on s’y attache à ses personnages. A la fin de chaque épisode, on aimerait bien retrouver NcNulty au pub du coin pour partager quelques bières avec lui et son collègue de beuverie, l’inénarrable Bunk et son fameux « shiiiiiiiiiiiiiiit », on souhaiterait rejoindre le monsieur « super classe » de la série, le lieutenant Daniels et ses costards impeccables, ou même philosopher sur les bienfaits des meubles en bois miniatures aux cotés du sage Lester.

Mais il faut retrouver son quotidien, fait lui aussi de hauts et de bas, dans lequel on se bat nous aussi pour exister, pour vivre, pour aimer et rire, pleurer et boire, pour entretenir les amitiés qui comptent et avancer pas après pas vers un impossible apaisement. Un série humaine, je vous dit.

16.07.2009

Koko Taylor

618829456.jpgJe me rends compte que je ne viens plus régulièrement sur ce blog. Ecrire.
Et pourtant, j’écris, énormément, chaque jour, mais mon énergie s’est orientée vers d’autres routes, plus sinueuses, plus dangereuses, mais tellement satisfaisantes.
Ce n’est pas l’envie qui manque…le temps peut-être…sans doute. Et pourtant il y a tant de sujets que j’aimerais aborder, tant de découvertes à partager. Anna (que ceux qui l’aime me suive…) j’admire ton obstination et ton énergie…Prendre le temps, au cœur de sa vie, pour écrire son bonheur, sa joie de vivre, ses amours, c’est une belle preuve d’humanité. Et lorsque je picore avec délectations dans tes écrits, je me dis qu’il me faut écrire aussi.

Alors me voici.

Koko Taylor, la reine bu blues s’est éteinte le mois dernier à l’âge de 80 ans dans cette bonne vieille ville de Chicago. 80 ans et elle chantait toujours avec autant de passion (près de 70 concerts par an tout de même) et de fougue cette musique diabolique, moite et vénéneuse, qui fait tourner le cœur des hommes les plus endurcis. Koko c’était la force d’une voix rugueuse et pénétrante, pleine et généreuse, de celle qui vous prend aux tripes un soir de déprime et vous élève loin au dessus de vos peines. Une voix à vous filer des frissons…Ecoutez « Insane Asylum » en duo avec Willie Dixon si vous ne me croyez pas, et poussez le volume à fond, vos voisins ne s’en remettront jamais.
Koko c’est ce petit bout de femme qui, dans les années 60, a mis les hommes du label Chess à ses pieds. Les plus grands écrivirent et chantèrent avec elle, de Howlin’ Wolf à Little Walter en passant par l’immense Willie Dixon.
Moi, je l'ai découvert bien plus tard, à la fin des années 90, grâce ce bel album tout bleu (évidemment…) intitulé « Royal Blue » sur lequel elle chantait en duo avec B.B King un magnifique « Blues Hotel » touché par la grâce de ce qui savent…on ne peut pas faire mieux. Et même si le diable tient la caisse, gardez moi une chambre pour l’éternité. C’est vrai quoi, que faut-il de plus pour être heureux…B.B King, Koko Taylor, ce morceau devrait être joué sur les radios du monde entier, il aurait du devenir un tube interplanétaire, la perfection faite blues…
Bon, j’arrête de rêver. Et ce soir, Koko, just for you, I will « Wang Dang Doodle » all night long…


Rencontre

L’homme est là. Derrière son masque blanc, il observe les clients passer. Il n’est plus tout jeune. Quelle vie a-t-il eu ? A quoi pense-t-il ? Il se tient droit, appuyé contre son balai, il n’abdique pas. Je l’ai croisé plusieurs fois, le dimanche, après déjeuner, dans les bruits métalliques des cuisines et des arrières salles d’un restaurant. Je me souviens de lui, de son visage dissimulé, de ses joues creusées par le temps. Des yeux noirs qui ne demandent qu’un signe pour s’ouvrir. Il en voit passer des hommes dans cet espace confiné, quelques portes, une petite fenêtre par laquelle le jour doit se battre pour entrer.
Je lui souris et pendant un instant, nos regards se croisent. Je ne peux pas lui parler, ma langue n’est pas la sienne. J’aimerai le suivre, connaitre sa vie, partager, oublier nos différences, lui dire que nous sommes pareil, que nous foulons la même terre. M’entendrait-il ? De l’eau coule dans les lavabos, la soufflerie sourde des sèches mains…on oublie tout. Nous ne sommes que de passage. Ce lieu n’est rien pour nous, mais pour lui il est tout.

22.04.2009

Folie ou Courage ?

46434859.jpgC’est l’histoire d’un pingouin, cousin Empereur des terres d’antarctiques.
Et si lui aussi marche, c’est dans une direction dont lui seul semble connaître la valeur.
Il marche, rythmique décalée, parfois glisse sur le ventre, puis se redresse, sans réfléchir, certain d’avoir pris la bonne décision. Il est seul. Le groupe derrière lui s’efface dans la blancheur des journées sans nuit, froides et éternelles, mais il poursuit sa marche en avant, téméraire, étranger a la peur. Connaît-il la peur ? El la folie, sait-il seulement ce que c’est ? Pour lui, il n’y a que la fuite en avant qui compte. Marcher droit devant soi, qu’importe ce que peuvent penser les autres.
Les hommes qu’ils croisent s’interrogent, mais n’interviennent pas. Ils ne peuvent pas ; comment contrarier la nature, comment s’ériger en juge, face a la simplicité de l’acte ?
Cette image de ce pingouin marchant seul dans l’immensité du continent des neiges m’obsède et m’interroge. Je sais qu’il n’a aucune chance, qu’il court vers une mort certaine, mais la beauté du geste, la conviction aveugle de devoir marcher dans « cette » direction, quoi qu’il en coûte, est telle que l’homme se doit de se montrer digne d’un tel sacrifice.

Cette scène se passe dans l’extraordinaire film documentaire de Werner Herzog intitulé « Encounters at the end of the World ». Le film relate la vie et les rêves des personnes qui peuplent ce continent hostile, détaché du reste du monde et sur lequel les repères s’effacent pour laisser place a un îlot étrange fait d’utopie, de désespoir, d’oubli et d’infinie beauté. À ne manquer sous aucun prétexte.
Et si un jour vous croisez un pingouin perdu au coin d’une rue, vous saurez d’où il vient…







22.01.2009

Songe

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Le temps qui passe.
Nous qui courrons après, l’espoir vain, entre deux perles de joie.
Le mémoire qui s’efface pour ne pas blesser la tendre tristesse des heures qui s’écoulent, belles et sereines.
L’étrange envie de remonter le temps, de faire mille détours pour que jamais n’existe de point final, ni d’ultime espoir.
S’oublier dans la douceur d’un après midi d’hiver, lorsqu’au loin résonnent les souvenirs d’un Noël en ricochet sur la toile de notre enfance.
Une a une compter les étoiles dans le sourire de mon petit être tendre et s’absorber de l’essence de nos vies.
Regarder la neige qui ne vient pas et tendre la main vers l’impossible retour.
Franchir des montagnes, et lorsque rien ne se passe ouvrir nos yeux pour ne pas oublier, pour ne pas aveugler nos sens, pour que continue l’aventure fragile de notre héritage.
L’impression de ne rien maitriser, de glisser sans cesse, de perdre le Nord, lorsque le Sud, moqueur, exploite nos peurs imbéciles.
Chasser le doute, retenir l’essentiel, l’essence même de nos belles années.